À Madagascar, l’accès à l’électricité en milieu rural reste très limité : en 2023, selon la Banque mondiale, seuls 14,6 % des habitant·es étaient raccordé·es. Depuis 18 ans, le Gret agit pour inverser cette tendance, en structurant le secteur et en misant sur le développement des énergies renouvelables, avec un objectif clair : démontrer que l’électrification rurale peut être à la fois viable économiquement pour les opérateurs privés, accessible aux populations et respectueuse de l’environnement.
Au début des années 2000, le secteur de l’énergie connaît une réforme majeure avec l’adoption d’une loi sur la libéralisation de l’électricité, accompagnée de la création de l’Office de régulation de l’électricité et de l’Agence de développement de l’électrification rurale (ADER). L’État, via l’ADER, subventionne les opérateurs privés intervenant dans les zones rurales. Cependant, un défi majeur persiste : l’absence d’un cadre clair pour l’attribution de ces subventions. Par ailleurs, à cette époque, les énergies renouvelables restent marginales : l’électrification repose principalement sur des centrales thermiques, souvent peu rentables et nécessitant des investissements importants. De nombreux projets sont ainsi abandonnés prématurément, laissant les abonné·es sans service.
En 2008, un financement important de l’Union européenne marque un tournant qui ouvre la voie à la mise en œuvre de projets concrets d’électrification rurale. Le Gret adopte alors une approche graduelle pour structurer le mécanisme de financement du secteur et mise sur l’hydroélectricité, puis sur le solaire. Le Gret accompagne alors le ministère de l’Énergie et l’ADER dans l’élaboration de procédures harmonisées et de mécanismes de financement adaptés. Ces outils permettent aujourd’hui de mieux cadrer les subventions étatiques accordées aux opérateurs, en définissant précisément les conditions d’octroi pour plus de transparence et d’efficacité.
Des solutions techniques adaptées à chaque contexte
Le premier projet d’électrification rurale conduit par le Gret à Madagascar (Rhyvière I, dans la région de Haute Matsiatra) a constitué un terrain d’expérimentation afin d’évaluer, en conditions réelles, les dimensions techniques, sociales et économiques de l’électrification rurale, mais surtout de tester les mécanismes de financement des opérateurs privés. Le Gret intervient en assistance à maîtrise d’ouvrage auprès de l’État, en l’accompagnant dans l’application des procédures de concession des infrastructures aux opérateurs privés. « Nous avons réalisé les études techniques tout en contribuant activement à l’opérationnalisation des cadres réglementaires pour les rendre concrets et applicables sur le terrain », explique Rija Randrianarivony, coordinateur de la thématique énergie à Madagascar.
Depuis 2008, quatre centrales hydroélectriques ont ainsi été construites au fil de projets successifs. Les opérateurs privés ont été accompagnés sur plusieurs aspects, depuis le chantier jusqu’à l’opérationnalisation des centrales. La centrale de Sahatona, mise en service en 2022, illustre cette approche. Avec une production d’environ 1 600 kW pour une consommation locale proche de 100 kW, le surplus est revendu à la Jirama, une société nationale de distribution d’électricité située à Fianarantsoa. Gérée par HIER, un opérateur privé, elle alimente aujourd’hui les communes de Camp Robin, Sahatona et Vohiposa.
« Le Gret a été à nos côtés tout au long du chantier jusqu’à l’exploitation. Aujourd’hui, nous sommes entièrement autonomes dans la production et la distribution d’électricité », témoigne Harry Merril Ranasy, chef de site de la centrale de Sahatona, région Haute Matsiatra.

Centrale de Sahatona
Parallèlement aux techniques hydroélectriques, le Gret développe des solutions complémentaires pour élargir l’accès à l’électricité. Des plateformes énergie, installées au cœur des villages situés hors réseau, alimentent les services publics (écoles, centres de santé, bâtiments administratifs) et proposent des services aux habitant·es : recharge de téléphones, location de lampes, réfrigération ou encore soudure pour les outils agricoles. « Construites avec des matériaux locaux et une main-d’œuvre formée sur place, ces infrastructures reposent sur une gestion collective, avec des services et des tarifs définis avec les communautés. Des kiosques solaires, implantés dans plus de 14 villages, complètent ce dispositif et regroupent de petits services de recharge de lampes ou de téléphones », précise Eva Sahondralalaina, cheffe de projet au Gret.
L’électricité, levier de développement économique et d’amélioration des conditions de vie
Aujourd’hui, plus de 12 700 ménages ruraux ont accès à l’électricité grâce aux centrales hydroélectriques, aux plateformes et aux kiosques solaires. Les impacts sont visibles dans la vie quotidienne. À Sahanimira, dans la région Haute Matsiatra, le centre de santé alimenté par une plateforme énergie accueille jusqu’à une centaine de patient·es par jour. « L’électricité nous aide beaucoup, notamment pour les accouchements de nuit », témoigne Hasina, adjointe au chef du centre.

Kiosque solaire
Les écoles bénéficient également de ces avancées. Plus de 1 400 élèves étudient désormais dans de meilleures conditions. « Nous pouvons imprimer les sujets et les bulletins sur place, au lieu de parcourir des kilomètres. Nous pouvons également améliorer les conditions d’étude en fin d’après-midi grâce à l’éclairage », souligne Hery, enseignant.
Ces actions permettent aussi de soutenir l’économie locale. L’électricité favorise le développement d’activités génératrices de revenus, comme la transformation agricole, l’artisanat, les services ou les petites entreprises.
À Camp Robin, le maire, André Randriamilanto, souligne les effets positifs : « L’éclairage public a contribué à réduire l’insécurité. L’accès à l’électricité facilite aussi le traitement des dossiers administratifs et favorise la création d’emplois pour les jeunes. » Cette expérience montre que l’électrification rurale par les énergies renouvelables peut être à la fois accessible, durable et structurante pour le développement des territoires.
Une gouvernance partagée et durable des services et des ressources
« À Madagascar, le Gret défend une approche intégrée, à la fois technique, socioéconomique et environnementale, fondée sur l’implication des communautés », explique Rija Randrianarivony. « L’objectif est de garantir une gouvernance durable des installations et la protection des ressources naturelles, notamment des bassins versants, tout en accompagnant les usager·es pour faire de l’électricité un véritable levier d’amélioration des productions et des filières locales, ainsi que des conditions de vie des populations ».
Pour le Gret, les énergies renouvelables et les ressources naturelles dont elles dépendent — en particulier les ressources en eau — ne sont pas de simples services marchands : ce sont des biens communs, qui doivent être gérés et préservés collectivement. Cette approche mise sur la participation de tous les acteurs locaux — usager·es, autorités, entreprises — dans la définition et la gestion du service d’électricité. Les habitant·es participent ainsi à l’identification des besoins, au choix des services et à la définition des tarifs. Ce modèle de gouvernance permet aux usager·es de faire entendre leur voix dans des décisions qui les concernent directement, évitant les conflits, favorisant l’appropriation et la pérennité des infrastructures ainsi que la qualité des services.
Le Gret promeut aussi le développement d’une entreprise sociale et solidaire dans le secteur de l’énergie. « Nous accompagnons cet opérateur privé dans sa transformation en entreprise sociale et solidaire, afin de mieux prendre en compte les enjeux de protection de l’environnement et d’assurer l’inclusion de l’ensemble des habitant·es », explique Rija.
La préservation de l’environnement, un enjeu central
Les régions de Haute Matsiatra et d’Amoron’i Mania disposent d’un potentiel remarquable pour l’électrification rurale, porté par une forte densité démographique et des ressources abondantes. Mais la proximité de forêts et d’écosystèmes fragilisés par les effets du changement climatique rappelle combien il est essentiel de privilégier des interventions respectueuses de l’environnement. L’hydroélectricité repose aussi sur une gestion durable de l’eau, faisant de la protection des bassins versants un enjeu central. Des mécanismes comme le paiement pour services environnementaux (PSE) ont, par exemple, été instaurés par le Gret afin de permettre leur gestion pérenne. Toutes les parties prenantes sont représentées au sein d’une plateforme de concertation, où les actions de protection à mener sont décidées collectivement et financées par les usager·es de l’électricité (avec la surtaxe PSE) et l’opérateur qui gère les centrales et les communes.
Dans la commune d’Ivony Miara Miasa, région Amoron’i Mania, les communautés sont formées à l’agroécologie et à la gestion durable des ressources naturelles. Les infrastructures privilégient également des principes d’écoconstruction, avec l’utilisation de matériaux locaux et des techniques limitant les émissions de gaz à effet de serre – briques en terre compressée en remplacement du ciment, par exemple.

Pépiniéristes de la région Haute Matsiatra
Essentiellement concentré sur les régions Haute Matsiatra et Amoron’i Mania, l’ancrage du Gret reste important dans ces territoires afin de garantir la continuité de ses projets et le suivi d’autres initiatives en cours. Cette présence locale amplifie également l’impact des actions menées et permet de capitaliser sur une expertise terrain renforcée, tout en restant ouvert à de nouvelles zones d’intervention potentielles.
Par Princia RANDRIANARIVONY, chargée de communication au Gret Madagascar
Source : https://gret.org/actualite/2026/madagascar-construire-un-acces-durable-a-lelectricite/
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