Le prix du charbon de bois connaît une hausse qui se répercute jusqu’au détails vendus en petits sachets aux ménages. Revendeurs et transporteurs expliquent les causes de la flambée.
Le charbon de bois a enregistré une flambée de prix sur les points de vente de Cotonou et environs. Là où certains détaillants s’approvisionnaient autour de 6.000 à 6.500 FCFA auprès des grossistes, il faut désormais débourser entre 10.000 à 12.000 FCFA !
Non loin du marché Gbégamey, dans le 11e arrondissement de Cotonou, une vendeuse de détail décrit une situation installée depuis environ un mois. « Les grossistes cédaient le petit sac de charbon à 6.000 FCFA. Nous autres détaillants, revendons ce sac à 6.500 ou 7.000 FCFA. Actuellement, quand ils arrivent avec le stock, ils disent 8.000 FCFA, 9.000 FCFA », rapporte-t-elle. Elle dit surtout rencontrer des difficultés pour trouver du stock.
Cette tension sur l’approvisionnement se traduit directement sur les petites quantités. « Le sachet de 250 FCFA est cédé actuellement à 300 FCFA », explique la vendeuse. Selon elle, la quantité achetée pour 100 FCFA permettait auparavant de préparer plusieurs repas. « Aujourd’hui, ce même sachet ne suffit même plus pour préparer un seul repas », déplore-t-elle.
La hausse ne touche pas seulement les vendeurs. Elle atteint directement les ménages. Daniel Bossou, greffier à la retraite et consommateur, dit avoir longtemps prévu 7.000 FCFA pour acheter son sac à la fin du mois. « Le prix est passé à 8.000 FCFA sur le marché. Mon vendeur habituel dit ne pas savoir la cause de cette hausse soudaine. Il vaut mieux que le gouvernement se prononce sur le sujet », souligne-t-il.
Des difficultés qui remontent la chaîne d’approvisionnement
Hyppolite Kanlihonou, revendeur depuis une dizaine d’années, situe le changement au niveau de l’approvisionnement. « Auparavant, les grossistes nous vendaient le sac de charbon à 6.500 FCFA. Ce que nous revendons à notre tour à 7.000 ou 7.500 FCFA. Actuellement, les prix ont évolué vertigineusement. Nos fournisseurs disent 9.000, 10.000 FCFA le sac », affirme-t-il.
Dans la ville de Cotonou, le prix du sac de charbon de bois varie d’un quartier à un autre. A Akogbato Fidjrossè par exemple, le sac est vendu à 10 000 FCFA alors qu’à Akpakpa, situé à une dizaine de kilomètres de là, il coûte jusqu’à 12 000 FCFA !
Le revendeur rapporte que des grossistes évoquent notamment des camions immobilisés dans le Nord du pays et l’exigence de documents supplémentaires par l’administration des eaux, forêts et chasse. Il avance le chiffre de « plus de 800 camions » qui seraient bloqués.
Les transporteurs sont les premiers touchés. Marius, transporteur de charbon de bois, a écoulé le stock de son camion stationné sur la berge lagunaire de Hindé, dans le 6è arrondissement de Cotonou. Il explique avoir rencontré des difficultés avant de pouvoir convoyer son chargement, en raison des autorisations nécessaires.

Le chauffeur montre une vidéo de plusieurs camions immobilisés, dans l’attente des documents permettant le convoyage de leur chargement. Selon ses explications, environ 200 camions chargés de charbon de bois seraient concernés par la situation. Ces difficultés ont un impact sur le prix de cession du charbon, estime Marius
Ces contraintes interviennent dans un secteur où le transport du bois-énergie est déjà encadré.
Selon le Programme des Nations Unies pour le Bénin (PNUD), « au Bénin, plus de 80 % des ménages dépendent encore du bois et du charbon pour cuisiner avec son lot de pollution de l’air, d’émissions de CO₂, de déforestation et de risques sanitaires ».
La circulation du bois-énergie s’inscrit dans un dispositif comprenant des titres de transport et des quotas destinés à limiter la pression exercée sur les ressources forestières. « Dans une publication du quotidien La Nation de mars 2025, le lieutenant-colonel Emmanuel Gbédji, alors directeur de la Biomasse-énergie et de la Valorisation des ressources forestières à la Direction générale des Eaux, Forêts et Chasse, indiquait que les formations forestières naturelles du Bénin avaient perdu 4 748,40 km² entre 2015 et 2022, soit environ 8 % de leur superficie initiale. Les taux annuels de déforestation et de dégradation étaient alors estimés respectivement à 1,51 % et 1,64 % ».
Les informations recueillies font état d’un renforcement des contrôles des agents forestiers et de restrictions concernant certaines essences.
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