Alors que les dirigeants mondiaux se retrouvent à New York pour la 81e Assemblée générale des Nations unies, une promesse formulée quatre ans plus tôt à cette même tribune mérite d’être réexaminée. En septembre 2022, Moscou proposait de céder gratuitement 300 000 tonnes d’engrais immobilisées en Europe. En 2026, environ 80 000 tonnes manquent toujours à l’appel.
Une promesse spectaculaire à la tribune de l’ONU
Le 24 septembre 2022, devant l’Assemblée générale des Nations unies, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, affirme que 300 000 tonnes d’engrais russes sont retenues dans des ports européens. Il propose de les transférer gratuitement aux pays en développement. La réalité est légèrement plus complexe. En novembre 2022, l’ONU évoque précisément 260 000 tonnes appartenant à des producteurs russes, tandis que le groupe Uralchem-Uralkali s’engage, plus largement, à donner environ 300 000 tonnes.L’opération doit être facilitée par le Programme alimentaire mondial. Les engrais ne sont pas directement visés par les sanctions occidentales, mais le gel de certains avoirs, les restrictions bancaires, les assurances maritimes et les procédures portuaires compliquent leur acheminement.
De 190 000 à 220 000 tonnes expédiées
Fin 2024, Uralchem annonçait environ 190 000 tonnes expédiées. Une nouvelle cargaison de 30 000 tonnes de potasse, destinée au Bangladesh en 2025, a porté le total déclaré par l’entreprise à près de 220 000 tonnes. Les cargaisons ont notamment été dirigées vers le Malawi, le Kenya, le Nigeria, le Zimbabwe, le Sri Lanka et le Bangladesh. Mais les livraisons se sont étalées sur plusieurs années. Le Zimbabwe, par exemple, n’a reçu ses 23 000 tonnes qu’en 2024, environ dix-huit mois après l’annonce faite à l’ONU. Le bilan est donc plus nuancé que celui présenté initialement : la promesse n’a pas disparu dans les ports européens, mais elle n’a toujours pas été totalement honorée. Sur les 300 000 tonnes annoncées, environ 220 000 ont été expédiées selon Uralchem, soit près de 73 %. Il en manque encore approximativement 80 000.
Une aide humanitaire devenue instrument diplomatique
Ces dons ont répondu à de véritables besoins agricoles. Mais ils ont aussi servi le récit diplomatique de Moscou : celui d’une Russie protectrice du Sud global, entravée par les sanctions occidentales.Quatre ans plus tard, le bilan révèle surtout l’écart entre la puissance d’une annonce et la lenteur de son exécution. À l’heure où la sécurité alimentaire revient dans les discours de l’Assemblée générale, une question demeure : les 80 000 tonnes restantes finiront-elles par parvenir aux pays destinataires, ou resteront-elles le reliquat oublié d’une promesse faite à la tribune de l’ONU ?
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