Dans l’extrême sud de Madagascar, la région Androy est soumise à des épisodes de sécheresses récurrentes et à une pression croissante liée au changement climatique. Avec un taux de pauvreté de 91%[1], cette situation accentue encore l’insécurité alimentaire et nutritionnelle chronique des communautés rurales, faisant de l’Androy l’une des régions les plus vulnérables du pays.
Dans le sud de Madagascar, de nombreuses interventions d’urgence menées depuis plusieurs décennies ont permis de répondre aux besoins essentiels des populations. Mais les réponses exclusivement humanitaires montrent leurs limites : si elles permettent de sauver des vies à court terme, elles ne suffisent pas à briser le cercle de la vulnérabilité. Présent dans la région Androy depuis le début des années 2000, le Gret a progressivement renforcé son action pour répondre à l’évolution de la crise en articulant interventions d’urgence et développement. Depuis 2018, cette approche intégrée se déploie à travers les différentes phases d’un programme d’aide alimentaire soutenu par le ministère français de l’Europe et des Affaires étrangères.
Soutenir les systèmes agricoles locaux
Dans ces zones rurales, la période de soudure constitue une phase particulièrement critique pour les ménages, marquée par l’épuisement des stocks alimentaires et une forte diminution des ressources. Pour y faire face, des distributions ciblées de céréales et de légumineuses permettent de couvrir 30% des besoins alimentaires de chaque ménage.

Distribution de vivre à Maromainty, Androy
En parallèle, le Gret travaille sur le renforcement des systèmes agricoles locaux. Pendant la saison des pluies, des semences adaptées aux conditions agroécologiques fournies par la CTAS, sont distribuées afin de développer les productions agricoles. Dans les zones bénéficiant d’un meilleur accès à l’eau, les femmes sont accompagnées dans le développement d’activités agricoles diversifiées, telles que le maraîchage ou la riziculture de bas-fonds. Ces pratiques contribuent à améliorer l’alimentation des familles tout en générant des revenus complémentaires. À Afomarolahy, Sija Fihamina, agricultrice, accompagnée dans la pratique de la culture maraichère, témoigne de ces changements : « Avant, il nous arrivait de ne pas manger à notre faim. Aujourd’hui, nous consommons ce que nous produisons et je peux vendre le surplus. Cela me permet de payer la scolarité de mes enfants et d’acheter des médicaments en cas de besoin. » À travers ces initiatives, c’est l’ensemble de l’économie rurale locale qui se consolide progressivement.

Culture maraichère à Afomarolahy, Androy
Renforcer les capacités économiques des communautés
Le développement rural passe également par l’accès à des mécanismes financiers adaptés. Dans les communes d’intervention, des « Associations villageoises d’épargne et de crédit » ont été mises en place pour structurer l’épargne communautaire. Ces dispositifs permettent aux membres d’épargner collectivement et d’accéder à des crédits destinés au financement de leurs activités économiques. À Tsianoha, Famenosoa Gizèle, mère et membre de l’association explique : « C’est une sorte de tirelire. Chaque lundi, nous nous retrouvons et chacun dépose entre 1 000 et 10 000 ariary. J’ai déjà emprunté pour payer des soins d’urgence quand mes enfants ou moi-même étions malades. » Au-delà de l’appui financier, ces associations renforcent la solidarité locale et la capacité des communautés à faire face aux aléas.

Association villageoise d’épargne et de crédit (AVEC)
Une approche intégrée au service des territoires ruraux
Dans des contextes comme celui de l’Androy, le développement rural ne peut se concevoir sans une articulation étroite entre réponse aux besoins immédiats et investissements de long terme. « Cette approche permet de répondre aux urgences tout en renforçant progressivement l’autonomie des ménages », souligne Talilisoa Monja, responsable des opérations du Gret dans la région.
Les actions menées intègrent également des dimensions essentielles du développement rural, telles que la nutrition, l’éducation et l’égalité de genre. Des potagers scolaires pilotes sont mis en place pour sensibiliser dès le plus jeune âge aux bonnes pratiques alimentaires, tandis que des « hommes relais » sont mobilisés pour promouvoir l’égalité de genre et améliorer les pratiques nutritionnelles au sein des ménages.
À travers cette approche intégrée, le Gret contribue à renforcer durablement la résilience des populations du Sud de Madagascar, en associant réponse aux besoins immédiats, amélioration des pratiques nutritionnelles et développement d’opportunités économiques locales.
Doté d’un financement de 750 000 euros, le projet d’aide alimentaire est soutenu par le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères (MEAE), via le Service de coopération et d’action culturelle (SCAC) de l’Ambassade de France à Madagascar.
Les chiffres clés du projet :
- Plus de 7 000 personnes sensibilisées aux bonnes pratiques nutritionnelles afin de promouvoir l’amélioration durable des habitudes alimentaires.
- Plus de 1 700 ménages ayant bénéficié de distributions de céréales et de légumineuses pendant la période de soudure.
- Plus de 4 000 personnes accompagnées dans des actions de renforcement de la résilience et de l’autonomie alimentaire.
- Plus de 7 tonnes de semences vivrières distribuées pour soutenir les campagnes agricoles et sécuriser les récoltes.
- 19 Associations Villageoises d’Épargne et de Crédit (AVEC) créées dans quatre communes d’intervention.
[1] Banque Mondiale, 2024
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